Papiers peints de la fin du XVIIIe siècle, Manufacture Réveillon

Ce registre d’échantillons, provenant de la manufacture parisienne de Jean-Baptiste Réveillon, regroupe soixante et un modèles de papiers peints, datant des années 1770, 1771 et 1772, référencés de 1 à 147. La majorité des échantillons conservés ont été imprimés en tontisse, les autres en impression à la détrempe.

Jean-Baptiste Réveillon (1725 -1811)

Formé par un papetier, Jean-Baptiste Réveillon fait ses débuts chez un marchand - mercier. Une fois à la tête de son propre commerce, il s’intéresse aux papiers importés d’Angleterre et d’Extrême-Orient. Profitant d’un concours de circonstances favorables, Réveillon décide de se lancer dans la fabrication d’abord par personne interposée, puis directement en s’installant dans le libre faubourg Saint-Antoine. Le modeste atelier implanté dans les dépendances de la Folie-Titon prospère jusqu’à devenir une manufacture de tout premier ordre. Rapidement à l’étroit dans les locaux qu’il loue depuis 1761 en fond de cour d’une maison située « cul-de-sac de la petite rue de Reuilly », Réveillon jette son dévolu, courant 1763, sur les dépendances de la fameuse Folie Titon, rue de Montreuil. Les quatre bâtiments et la folie elle-même sont acquis par l’ambitieux manufacturier à l’été 1767. Pour mieux se consacrer à son entreprise, il abandonne dès 1773 son magasin de papeterie de la rue de l’Arbre-Sec. « Le sieur Réveillon… a l’honneur de prévenir le public que désirant donner à la manufacture de papiers peints pour ameublement, rue Montreuil, faubourg et près l’abbaye de Saint-Antoine à Paris toute l’extension et la perfection dont elle est susceptible, il a pris le parti de quitter totalement la maison de commerce qu’il occupait ci-devant rue de l’Arbre-Sec… pour fixer sa demeure à sa dite manufacture… Il vient d’établir son magasin rue du Carrousel, en face de la porte des Tuileries, près de la rue de l’Echelle ou des fossés, chez le sieur de la Fosse. » annonce Le Mercure de France en juillet 1776.

Delafosse, partenaire accommodant et interlocuteur bien placé pour la clientèle, propose les mêmes prix qu’à la manufacture. Réveillon répond ainsi à la « commodité des personnes qui ne voudraient pas se transporter dans un quartier aussi éloigné » que le faubourg Saint-Antoine.

Dans la boutique de la rue du Carrousel, deux grandes options s’offrent au client pour explorer le fonds disponible : consulter des registres d’échantillons ou rechercher directement parmi les rouleaux en magasin. La première solution présente d’indéniables avantages. Regroupant sous un volume limité un grand nombre de motifs, les registres sont aisés à feuilleter, dispensant le personnel de constants allers et venues entre le comptoir et les cases, et surtout font l’économie des manipulations réitérées liées au déroulage et au rangement des articles. Il est probable que notre registre d’échantillons de papiers peints imprimés à la manufacture Réveillon fut constitué au moment de l’établissement du magasin du sieur de la Fosse.

Ce genre de registres est rare, leur coût de fabrication étant élevé, et il en est bien peu qui nous soient parvenus…

Quelques précisions sur les techniques d'impression

Jean-Michel Papillon écrit en 1766 dans son Traité historique et pratique de la gravure sur bois : « D’autres papiers d’Angleterre et nouveaux, qu’on appelle peints, sont comme les tontisses par pièces de neuf aunes de longueur (10 m 70) : les fonds y sont d’abord couchés de mêmes tons unis avec la brosse, ou par masses par des couleurs épaisses et pâteuses ; plusieurs planches de bois y impriment par-dessus, et avec des couleurs de mêmes qualités, des dessins coloriés, les uns comme des espèces de camaïeux, les autres à fleurs, damas, ornement, etc., et avec des couleurs différentes, le tout à la détrempe et sans lustre. »

Vers le milieu du XVIIIe siècle, à l’instar des Anglais, les Français se mirent à fabriquer des papiers tontisse ou veloutés. Les feuilles de papier, destinées à être veloutées, collées à l’avance en rouleaux, recevaient d’abord une teinte de fond. Quand cette première couche était sèche, le dessin du veloutage était imprimé à l’aide de bois gravés avec une substance adhésive sur laquelle on semait des laines et poudres colorées, travail long et coûteux.

Les tontures de drap, blanchies puis teintes, étaient passées au moulin. Les papiers eux-mêmes étaient imprimés à la planche de bois en relief chargée d’un mordant formé d’huile de lin rendue siccative par la litharge et broyée ensuite avec du blanc de céruse, dénommé encaustique, puis placés dans une grande caisse au fond tendu d’une peau de veau, le tambour, dans lequel était jetée la poussière de tontisse.

Pour être plus précis, une fois le mordant étendu sur le drap du baquet à couleurs, l’ouvrier le prenait avec la planche, l’étendait uniformément sur cette planche avec un tampon ou une espèce de pinceau, et le posait sur le papier aux endroits désignés par des repères. Lorsqu’il en avait placé sur une étendue suffisante, l’enfant qui le servait, tirait le papier et le couchait dans le tambour ouvert ; il saupoudrait à la main, avec de la poussière de laine, et lorsqu’il y avait assez de longueur de papier pour couvrir tout le fond du tambour, il frappait en cadence le fond en peau avec deux baguettes longues. La tontisse s’élevait intérieurement comme une fumée, retombait sur le papier et pénétrait fortement dans l’encaustique qui s’en saturait et la retenait. Il secouait alors avec une de ses baguettes le papier par-derrière pour faire détacher toute la poussière qui n’était pas fixée, et l’on continuait de même jusqu’à ce que le rouleau de papier soit terminé. On le plaçait sur l’étendoir et on le laissait parfaitement sécher.

Parfois, afin de nuancer le velouté et pratiquer des ombres pour faire ressortir le dessin, l’ouvrier pratiquait un repiquage, il reprenait alors le rouleau de papier lorsqu’il était parfaitement sec, l’étendait sur son établi et, à l’aide d’une planche de bois, plaçait sur le velouté une couleur en détrempe plus foncée ou plus claire. Une autre solution consistait à appliquer autant de couleurs en tontisse qu’il avait de nuances.

D’après le Manuel du fabricant d’étoffes imprimées et du fabricant de papiers peints, Sébastien Le Normand, Paris, 1820

Papier peint à motif répétitif « Fleurs et fruits stylisés », 1770